Fonte/Lafay: le grand malentendu?

C’est lorsque j’ai crée ce blog, fin 2010, que j’ai commencé à fréquenter régulièrement les forums dédiés à la musculation. Contrairement à ce que vous pourriez penser, le premier sur lequel je me suis inscrit n’était pas celui du site Musculaction, mais celui de Superphysique. J’arrive, je me présente, pratiquant amateur, un petit peu de fonte quand j’étais étudiant, et méthode Lafay depuis. Et là, le drame: quelques messages de bienvenue, certes, mais surtout plein de gros cons qui me tombent dessus à bras raccourcis. Je me demande ce que j’ai bien pu faire pour provoquer une telle ire, je cherche, je farfouille. Et je comprends assez vite: la méthode Lafay, à cette époque, sur la plupart des sites/forums dédiés à la musculation « classique », ça dérange et c’est tabou. Je découvre même que certains forums ont poussé le vice jusqu’à censurer le mot « Lafay », qui y est automatiquement supprimé ou bien remplacé par un autre mot (cerise notamment: si un jour vous tomber sur un vieux post qui parle de la « méthode cerise », vous saurez de quoi il retourne). Je finis par arriver sur Musculaction, qui a l’air nettement plus ouvert sur le sujet, et c’est sur celui-ci que je suis présent depuis 5 années maintenant (en tant que moniteur nutrition sur le forum, et rédacteur occasionnel sur le site principal).

Néanmoins,  les réactions se sont bien assagies globalement, et la plupart des gros sites/forums dédiés à la musculation se sont ouverts, sinon à la méthode Lafay, au moins à des méthodes ou des entraînements autres que la fonte pure et dure: poids de corps, crossfit etc. D’où venait le problème, et comment s’est effectuée cette transition, plus de 10 ans après la sortie de la méthode, c’est ce que je vais tenter d’expliquer. Thèse, anti-synthèse, synthèse: c’est parti!

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Pourquoi tant de haine?

Dès l’apparition de la méthode Lafay en 2004, on a pu lire beaucoup de critiques parfois virulentes, souvent gratuites. Et pour cause: un type inconnu du monde de la musculation débarque un beau jour avec un bouquin et la promesse de vous muscler chez vous, sans matériel particulier, sans coach, sans abonnement dans une salle… Forcément, ça a fait couiner du côté des propriétaire de salles de musculation traditionnelle, qui ont vu arriver cet ovni, et l’ont surtout vu vendre ses livres par palettes, au point de devenir rapidement le N°1 des ventes de livres de sport! D’où certaines réactions virulentes…

Outre cette raison plutôt mercantile, il y a un autre détail à prendre en considération: on est en 2004.  Tout ce qui est street workout, callisthenics etc. (et les milliers de video qui vont avec sur le net), ça n’existe pas encore (pas en France en tout cas). La musculation au poids de corps, au mieux ça fait doucement rigoler, en tout cas pour ce qui est de la prise de masse/volume musculaire. D’où ces réactions au mieux sceptiques venant du monde de la fonte, et ce côté « musculation pour ado » qui est souvent avancé par les détracteurs de la méthode.

Troisième raison selon moi: la personnalité d’Olivier Lafay. D’une part son aspect « philosophe » peut être assez clivant. J’avoue moi-même n’être jamais rentré dans cet aspect de la méthode, même si je suis conscient qu’il existe: ça ne m’intéresse pas, et je n’en ai jamais eu besoin pour progresser et obtenir de très bons résultats (en gros, j’en suis resté au livre vert pour ceux qui connaissent). Cela lui vaut encore régulièrement de se faire traiter de gourou par certains énergumènes. Et d’autre part, son côté extrêmement procédurier. Bien sûr, cela a sans doute pour origine les attaques et les critiques de pure mauvaise foi qu’a subi la méthode lors de sa publication et qui a amené son auteur à se défendre. Mais je pense qu’aujourd’hui, alors que la méthode a fait la preuve de son efficacité et est maintenant solidement ancrée dans le monde du fitness et de la musculation, Olivier n’a sans doute plus besoin d’être aussi radical dans ses réponses aux quelques piques ou attaques qui subsistent encore ici et là. Ajoutés à cela quelques dérapages lors d’échanges enflammés sur les réseaux sociaux, et on sans doute l’aspect qui selon moi dessert le plus  la méthode et donne du grain à moudre aux quelques fervents opposants et autres trolls qui traînent encore sur Youtube ou Facebook.

Enfin, dernière raison intrinsèque à la méthode: sa philosophie, basée sur un rejet total du « no pain, no gain » (pilier de la musculation traditionnelle) et la recherche de l’efficience. Du coup, côté Lafay, on ironise sur ces gros bœufs de fonteux qui « poussent à en crevay » (pour paraphraser un youtubeur belge bien connu pour ne jamais manquer une occasion de moquer de la Méthode) et se bousillent tendons et articulations. Et côté fonteux, on se moque de ces baltringues qui recherchent la douceur dans un monde de brutes, car, oui, la fonte est un monte de brutes: no pain/no gain, force et honneur, this is Spartaaa etc., bref, la fonte, c’est pour les hommes, les vrais! Dans les deux cas, cette opposition de point de vue est également fortement pourvoyeuse de dérapages et de prises de bec en tout genre sur les réseaux sociaux, pas besoin de vous faire un dessin.

Mais tout cela est-il bien pertinent?

Sauf que si on fait l’effort de réfléchir un peu, on réalise que tout cela tient plus de la posture qu’autre chose. Côté Lafay, il ne faut pas faire l’amalgame entre douceur et absence d’efforts: personnellement, à chaque fois que je fais une séance, j’en chie, je transpire, j’ai mal. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu beaucoup plus souffert lorsque je poussais des charges dans ma petite salle à Chasseneuil-du-Poitou, et j’étais sûrement moins essoufflé. Ça marche dans les deux sens: on présente souvent l’adepte du « no pain, no gain » comme un rustre dont le seul but est de pousser le plus fort possible, sans s’échauffer, sans s’étirer, prêt à tout, même à se blesser pour faire du muscle. C’est peut-être vrai pour certains pratiquants, notamment les débutant (par méconnaissance autant que par excès de zèle), mais certainement pas ceux qui veulent durer. Prenez un Enzo Foukra ou un Fitnessmith (sans doute les meilleurs podcasteurs pour ce qui est de la muscu fonte), ils ne sont pas vraiment dans cette optique: oui, ils poussent pour aller chercher la dernière rep, la plus difficile. Mais on n’est jamais dans le bourrinage pur et dur. Même un Jean-Onche, qui braille dans ses video annihilation: regardez les donc un peu mieux, et vous verrez qu’il insiste énormément sur les échauffements, les bonnes postures et les bons mouvements pour éviter les blessures. Bref, pour moi, le no pain/no gain, c’est surtout une posture, une image qu’on se donne, parce que c’est valorisant, parce que ça fait viril etc.

Sur la personnalité d’Olivier Lafay, il est vrai qu’elle a été sujette à de nombreuses controverses. Mais comment pourrait-il en être autrement, à l’époque des réseaux sociaux, où il est si facile de raconter/transmettre/amplifier/déformer n’importe quoi, et de sur-réagir à une provocation? On trouve des trolls partout, pro comme anti-Lafay. Mais en vérité, ces gens sont très minoritaires, ont bien souvent un niveau assez faible quelle que soit leur pratique (et oui, troller, ça demande du temps…), et c’est surtout la frustration née de leur incompétence qui s’exprime. Aux pratiquants les plus expérimentés de faire preuve d’un peu plus de hauteur.

Sur l’aspect « musculation au poids de corps » qui pouvait faire sourire il y a une dizaine d’années, comme je le disais plus haut, de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Alors que la musculation au poids de corps était vue comme une pratique un peu désuète et pas vraiment efficace (à tort selon moi, ce type d’exercices faisant depuis longtemps partie de l’entraînement des militaires ou des pratiquants d’arts martiaux), le street workout et les entraînements de type calisthenics sont passés par là. Le regard porté sur ce type d’exercices a bien évolué ces dernières années, au point que d’autres auteurs/coachs reconnus ont suivi le mouvement et proposent leur propre version. On peut penser à Christophe Carrio avec son Carrio Training System ou à Emmanuel Akermann avec la traduction française du livre de Paul Wade sur l’entraînement d’un détenu (« Convict Conditionning » en VO). De là à dire qu’Olivier Lafay a été l’inspirateur du street workout moderne, il y a un pas que je ne franchirai pas. Néanmoins, il est certain que sa méthode a largement servi à crédibiliser et démocratiser la pratique de la musculation au poids de corps.

Enfin, les réactions des défenseurs d’une musculation plus traditionnelle, inquiets de voir une pratique nouvelle arriver et leur faire perdre des pratiquants… Réaction compréhensible (il y a plus moins la même dans un autre domaine, entre la Fédération Française de Judo et le MMA), ma foi, chacun défend son beurre. Sauf que la méthode Lafay, quand elle est sortie, ne s’adressait certainement pas à des pratiquants chevronnés, habitués des salles. Mais plutôt à des individus lambda, qui n’avaient jamais poussé une barre de leur vie et qui étaient désireux d’améliorer leur condition physique. La méthode Lafay est arrivée sur un marché qui n’existait pas, et c’est le marché tout entier des livres dédiés à la musculation qui en a profité (y compris les Delavier et autres). Au final, en permettant à des hommes et femmes lambda de mettre un premier pied dans l’univers de la musculation, Olivier Lafay a sûrement amené bien plus de gens dans les salles de musculation traditionnelles qu’il n’en a enlevés.

Vers la fin de la guéguerre?

Je vais conclure en faisant (à nouveau) un parallèle avec l’univers des arts martiaux. Car finalement, le principal mérite d’Olivier Lafay, c’est d’avoir été le premier à lancer une méthode simple, complète et structurée, qui puisse représenter une vraie alternative aux charges et aux haltères dans le domaine de la préparation physique. Et lorsque sa méthode a débarqué en 2004, quoiqu’on en dise, elle a bouleversé le monde de la musculation, un peu comme le jiu-jitsu brésilien a bouleversé le monde du combat libre en montrant que des gabarits plus petits et plus légers pouvaient l’emporter sur des gabarits plus imposants. Mais tout comme le JJB n’a pas pris toute la place et a contribué à faire évoluer l’univers du MMA, la méthode Lafay n’a certainement pas « vampirisé » le monde de la musculation. Au contraire, elle l’a enrichi et a sans doute contribué à le faire sortir d’un carcan « charge/fonte » qui semblait immuable.

En ce qui me concerne, j’ai commencé par de la fonte, j’y retournerai peut-être un jour (d’ailleurs, j’ai commencé à intégrer des charges dans mes séances Lafay, avant tout parce que j’avais envie de changer et que j’en avais marre des séries trop longues), mais dans tous les cas, je ne regrette absolument pas de pratiquer la méthode depuis près de 10 ans maintenant. Elle m’a permis de conserver la masse musculaire que j’avais acquise en faisant de la fonte (et sans doute de l’augmenter sur certains groupes musculaires), tout en étant adaptée à mes contraintes personnelles (travail, vie de famille, pratique du Krav-maga…).

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